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Frédéric COTE

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October 24

Chronique d'une guerre civile annoncée

Après le mémorable match de 2001 contre l’Algérie et celui de 2007 contre le Maroc, c’est sans surprise que l’on a constaté, lors du match amical de football contre la Tunisie, la haine que peuvent susciter la France et ses symboles aux yeux d’une partie de la jeunesse née dans ce pays. Pourtant, la France peut s’honorer, par sa seule histoire, d’être un pays d’immigration : un Français sur trois a un grand-père non français. Le creuset républicain, la conception égalitaire de la Nation, le refus de toute conception basée sur l’ethnie ou l’origine, ont fait de ces citoyens-là des Français à part entière, à égalité de devoirs et de droits. Ils étaient fiers de devenir français, ces Polonais, Italiens, Espagnols, Portugais, Algériens, Marocains, Tunisiens, Arméniens, etc. parce que nous étions fiers de notre pays, de notre histoire, fiers d’être des descendants des Lumières, de la Révolution française, de la loi de 1905, du Front Populaire et de tant d’événements qui ont forgé l’identité de notre pays.
 
Mais dans les années 1980 émergent de mauvais discours. On a voulu substituer à l’intégration républicaine le communautarisme, les particularismes, et le droit à la différence a commencé à devenir la différence des droits. Des discours sur la repentance de la France, forcément coupable de colonialisme, forcément coupable d’esclavagisme, apparaissent (pour contrer ces discours, il est bon de lire l’ouvrage remarquable de Pascal Bruckner "La tyrannie de la pénitence"). Toute une élite culturelle, symbolisée par les années « Libé », frustrée d’avoir raté sa révolution de mai 68, méprise le monde du travail, et crache sur la France. Les républicains sont ringardisés - voire lepénisés -. Les violences urbaines commencent à voir le jour, pendant que le Front national progresse à chaque élection. L’anti-fascisme d’une bonne partie de la gauche consiste alors à nier une réalité que chaque Français constate : une partie de la jeunesse des quartiers hait la France.
La victoire de l’équipe de France de football, en 1998, permet, pour la première fois depuis longtemps, de ressortir, sans rougir, le drapeau tricolore, alors que toute une partie de la gauche et de l’extrême gauche ont abandonné la Nation, son hymne et ce même drapeau au Front national. La catastrophe du 21 avril 2002 ne suffit pourtant pas à alerter la gauche. Quant à la droite, elle surfe sur l’insécurité, pour apparaître plus déterminée - en paroles seulement  - à combattre un fléau qui corrompt la vie des Français les plus démunis. Au-delà des mots, évidemment, les résultats ne suivent pas. Les violences urbaines se succèdent ponctuellement, suivies de discours lénifiants et de « plans banlieue » à répétition, qui ne servent qu’à dilapider l’argent public, puisque la République se montre impuissante face au pouvoir des petits caïds de quartiers, dont les trafics souterrains fleurissent toujours davantage.

Et puis, soudain, 2005 nous offre, durant trois semaines, le spectacle invraisemblable d’écoles incendiées, d’entreprises dévastées, de policiers sur qui on tire à balles réelles alors qu’ils ont consigne de ne pas riposter, et de Français battus à mort, en plein jour, pour avoir été là au mauvais moment. Pourtant, les seules manifestations et les seules protestations seront pour la mort de deux jeunes qui se sont enfuis à la vue de la police, cette dernière étant, bien entendu, accusée d’avoir mis le feu aux poudres ! Quelques semaines auparavant, le 8 mars 2005, au cours d’une manifestation contre le projet de loi de François Fillon, on aura vu ce spectacle révoltant de jeunes lycéens agressés au faciès, dépouillés de leur portable, humiliés et roués de coups par des voyous de banlieue.
En 2006, lors des gigantesques manifestations contre le CPE, les services d’ordre syndicaux et la police devront collaborer pour protéger les manifestants des exactions de ces mêmes délinquants. Dans le métro, des bandes de cinquante à cent jeunes banlieusards, entre 13 à 15 ans, terroriseront les voyageurs, laissant derrière eux un profond sentiment de malaise et de peur.
 
Certains gauchistes en déficit d’intelligence politique croiront déceler dans ces exactions l’avant-garde d’une révolte sociale, alors que ces voyous rappelaient davantage, par leurs pratiques, les fascistes attaquant les cortèges ouvriers dans les années 30. Ayant bien compris les règles du capitalisme, ces « jeunes » veulent de l’argent facile, sans passer par la case travail, et ne connaissent, de ce fait, que la loi du plus fort. Que l’on ajoute à cela l’offensive de l’islam contre la laïcité, et l’on détient tous les ingrédients de la catastrophe future.
Ces questions sont aujourd’hui incontournables. Les laisser de côté, c’est contribuer à en faire de véritables bombes à retardement, qui ne préviendront pas quand elles exploseront.
Dans quel monde vivent donc nos dirigeants ? Sont-ils aveugles... ou peureux ? Ne savent-ils pas qu’à l’école, de plus en plus de jeunes, nés en France, exigent que la viande soit halal, autrement dit refusent la viande « impure », et contestent par ailleurs la mixité ? Ignorent-ils que dans certains quartiers les enseignants assurent leur service sous les insultes quotidiennes de gamins arrogants parce qu’impunis ? Ne voient-ils pas, dans les rues de certaines cités, des gamins d’à peine 10 ans livrés à eux-mêmes, et glissant, de ce fait, vers la délinquance ? Ne leur a-t-on jamais dit qu’il est de plus en plus difficile, dans les écoles de la République, de ne pas faire le ramadan lorsqu’on s’appelle Rachida ou Mustapha ? A quoi a servi d’avoir souligné la progression du communautarisme et de la violence à l’école, comme l’a fait, en son temps, le rapport Obin ?
Nos responsables politiques ne sentent-ils pas monter, dans leur propre pays, les prémisses des affrontements ethniques que risquent de provoquer les replis communautaristes et l’envolée du religieux ? Dans un tel contexte, quid de la paix civile ?

C’est tout cela qu’il y a derrière les sifflets de La Marseillaise. C’est cela qu’on cherche à minimiser. Il est désormais urgent d’en finir avec les propos lénifiants des compassionnels en tout genre, des sociologues bobos , des ethnologues ou autres anthropologues qui consacrent leur énergie à nier le réel par des discours fumeux, et de toute une extrême gauche qui continue à réclamer toujours plus d’immigration, qui se traduit, dans le contexte actuel, par plus d’islam.
Faute de quoi, il y a vraiment de quoi être inquiet pour la France de demain.
June 04

Les enjeux majeurs du XXIème siècle : l'énergie

 
Les énergies fossiles sont amenées à disparaître.

Au rythme de consommation actuel, les réserves prouvées d'énergie fossile sont de 40 années pour le pétrole, 63 pour le gaz et 218 pour le charbon et 71 pour l'uranium. Si, au lieu de raisonner à consommation constante (ce qui est évidemment faux), on tient compte de l'augmentation annuelle de la demande (supposée égale à 2%/an), dans 50 ans l'ensemble des réserves prouvées sera épuisé. La croissance sollicite depuis le début de l'ère industrielle une demande en énergie croissante. D'après l'Agence Internationale de l'Energie (AIE), la demande énergétique mondiale pourrait augmenter de plus de 50% d'ici à 2030 en l'absence de politiques publiques en ce domaine. Aujourd'hui, les demandes énergétiques sont amplifiées par la poussée démographique et économique de nouvelles zones en pleine croissance telles que la Chine et l'Inde. Or, on estime qu'en 2030 les énergies fossiles devraient encore représenter près de 80% des énergies utilisées. Les enjeux actuels seront encore plus importants à cette date.On découvrira bien sûr d'autres gisements (plus chers). Mais si on considère maintenant les réserves ultimes d'énergie, c'est à dire la totalité de celles que l'on pense pouvoir découvrir et extraire un jour, la croissance de la demande aura eu raison de ce gisement ultime...en 2115, soit d'ici un siècle. Il n'y aura alors plus une seule « goutte » d'énergie fossile à disposition de l'homme.
Ce délai d'un siècle, même s'il peut paraître énorme à l'échelle individuelle, n'en est pas moins ridiculement court au regard des enjeux et du problème posé. En effet, il va falloir changer nos systèmes de production et de consommation d'énergie pour s'adapter. Et ces transformations seront longues : bâtiments, machines, véhicules, sont conçus pour durer plusieurs décennies. Le choix des infrastructures (rail ou route par exemple) a des effets pendant parfois un siècle. Loin de permettre de « voir venir » les quelques décennies de ressources seront tout juste suffisantes pour opérer ces transformations lourdes qui devront en plus commencer par vaincre l'inertie de nos mentalités.

Tensions pré-pénurie : nous y sommes déjà !

Si l'ensemble des réserves prouvées sera épuisé dans 50 ans (dans les prévisions les plus optimistes), des problématiques apparaîtront bien avant cette échéance. Les énergies fossiles sont toujours très utilisées aujourd'hui dans le monde. On peut penser qu'elles vont poser trois problèmes principaux. Le premier est que leurs raretés vont créer des tensions géopolitiques dans le monde (ex : Guerre d'Irak). Le second problème est que les émissions de CO2, qu'elles engendrent, sont élevées et contribuent fortement au réchauffement climatique. L'explosion du prix de l'énergie résultant d'un déséquilibre entre l'offre et la demande peut également engendrer une grave crise économique.

May 15

Into the Wild.....

 
Into the wild (de Sean Penn) film de l'année 2007, le roman de Jon Krakauer livre de l'année et finalement.... la BO et l'album de l'année ;-)))

Pour coller à la magnificence des paysages et à l'idéalisme de cette histoire, Eddie Vedder a privilégié la formule solo, guitare acoustique et arrangements épurés, loin de ses habituels brûlots électriques au sein du groupe 
 Pearl Jam. La voix aussi rocailleuse qu'envoûtante d' Eddie Vedder qui signe ici des textes passionnés, introspectifs. A travers ses compos, il affiche son talent de song-writer, rappelant l'un de ses maîtres à penser: Neil Young. Une mélancolie lancinante qui vous prend, une sensibilité à fleur de peau. Bref cela fait un bail que je n'avais pas écouté un alboume qui me remue autant les tripes. Le livret de l'album, avec textes et paysages, ajoute à la beauté de ce disque incontournable.
 
EddieVedder-IntoTheWildCover

Festival de Cannes 2008

Ouverture du festival de Cannes avec le grand Sean Penn en maître de cérémonie. Quel plaisir....

Il est clair qu’on peut lire un pays à travers son art, en l'occurence ici le cinéma… Un cinéma qui a l’ambition de faire réagir, d'éclairer, pas juste de distraire mollement (même si j'aime la distraction lorsqu'elle est réalisée avec talent). Face à un cinéma américain adulte et engagé, la France présente un cinéma totalement régressif (blagues potaches, nostalgie, enfermement dans de petites amourettes insipides). On est bien loin du cliché d’un cinéma américain purement spectaculaire et divertissant, et d’un cinéma français exigeant.

Que dit le cinéma français de la France ? Que c’est un pays de beaufs (bronzés, disco et autres camping....) et de bobos (Fauteuils d’orchestre), qui cherche ses racines dans une campagne de carte postale (le temps des porte-plumes) et dont les citoyens se préoccupent principalement de savoir avec qui ils coucheront ce soir ...

Que dit le cinéma américain de l’Amérique ? Que c’est un pays qui s’interroge sur lui-même, qui interroge ses origines (Le Nouveau Monde), sa liberté d’expression (Good night and good luck), ses " héros " ou anti-héros (Walk the line, Into the wild, little miss sunshine.....), ses relations avec le monde (Syriana, Lord of War, Babel.....) et réfléchit sur les conflits majeurs de l’époque (Munich, Le dernier roi d'Ecosse, dans la vallée d'Elah.......).

Si encore on pouvait s’enorgueillir d’un travail esthétique de meilleure qualité… Mais il suffit d’avoir vu les bandes annonces des "Bronzés", de "Je vous trouve très beau" et des autres pour comprendre que la réalisation y rivalise de médiocrité avec les plus plats et laids des téléfilms…

Après, on pourrait aussi se dire que le cinéma américain est engagé et inspiré parce que l’Amérique est en crise et particulièrement critiquable dans ces années Bush. Certes... Mais n’a-t-on vraiment aucune raison, en France, de se questionner sur le système qui est le notre ? Bien sûr que non. Les problèmes en France, on connaît pas....

Hollywood n’a cependant pas renoncé totalement au divertissement facile et bas de gamme. Mais au train où vont les choses, le cinéma américain va considérablement gagner en densité et pertinence alors que l’exception culturelle française, dans quelques années, ce sera d’être totalement déconnecté du monde, de l’actualité et des enjeux majeurs de l’époque…

February 12

Pouvoir d'achat, mythe et réalité

On vous le dit, on vous le râbache sans cesse depuis quelques mois . Les français en nombre toujours plus grand se plaignent de voir les prix flamber, les salaires stagner et leur budget s'éroder. Est-ce à juste titre?

 Pendant que tout ce petit monde théorise sur son cas personnel, les consommateurs ont fait une razzia sur les écrans plats (720 000 appareils écoulés en 2 mois avant la coupe du monde de rugby), ont dévalisé les rayons IPhone à 499 euros (30 000 exemplaires arrachés en 5 jours au mois d'octobre) et ont rendu le sourire aux commerçants dès le 1er week-end des soldes de janvier. D'après la Fédération des enseignes de l'habillement, les ventes ont progressé de 10 à 15% par rapport à l'année dernière. 

Je suis plutôt tenté de croire que quelque chose ne tourne pas rond dans cette affaire de pouvoir d'achat. Pourtant, les indicateurs de l'INSEE sont formels, non seulement le revenu disponible par tête ne s'est pas réduit, mais il n'a cessé de progresser ces dernières années (en moyenne +2% par an), et la consommation des ménages avec. Jamais depuis Vercingetorix les français n'avaient été aussi riches. 

Alors sorcellerie ? Duperie ? Pas de panique, ce décalage entre perception et réalité, que les économistes savent calculer à la virgule près, me semble assez facile à expliquer. Il tient d'abord à une illusion d'optique. Car à quoi pensent d'abord les français lorsqu'ils veulent se figurer l'inflation? Au prix de la baguette, à la dérive du Nutella ou à l'envolée du gazole, bref, aux dérapages des articles qu'ils consomment tous les jours. Or ce sont précisément ceux qui ont le plus augmenté. Farine + 32%, Soda oasis +23%, Nutella +22%, Poulet premier prix +17% etc etc etc.....

La chute des tarifs des appareils photo ou des écrans plats ne leur fait, en revanche, ni chaud ni froid. Et peu importe de pouvoir traverser désormais la France en avion au prix du carnet de metro, il ne font pas si souvent le voyage. C'est toute la différence entre l'inflation réelle et ressentie. Dans un pays où presque tout le monde peut se payer une console dernier cri, on hurle à la vie chère parceque le tarif du petit noir s'est envolé.

L'autre explication se trouve aussi dans les modes de consommation qui ont beaucoup changé. Téléphone mobile, internet, câble etc.... La plupart du temps le budget des français est grevé par à un bric-à-brac d'abonnements. Si on ajoute à cela le loyer, le gaz, les assurances et l'électricité, la part des dépenses contraintes atteint aujourd'hui 33%. Bien sûr, en payant un abonnement Orange, les français consomment tout autant que s'ils s'offraient une jolie paire d'escarpins rouges, mais beaucoup d'entre eux n'en ont pas l'impression. Ils vivent ces dépenses comme une sorte d'amputation sournoise, presque à la manière d'un impôt. De sorte que, dans leur inconscient, le vrai pouvoir d'achat commence là où le paiement des abonnements s'arrête.

Ajoutons à celà que nos compatriotes, c'est une tradition gauloise, ont tendance à mettre en avant les nouveautés qui fâchent et oublient celles qui sourient. Les entend-on évoquer la disparition des frais de développement photo? Ou les économies que les téléchargements permettent de réaliser sur les achats de CD? Jamais.  

Ils ont en revanche de bonnes raisons de se plaindre des hausses des prix immobiliers. Il faut aujourd'hui travailler deux fois plus qu'en 1984 pour espérer s'offrir la même surface. Pourtant les statisticiens ne prennent pas ce facteur en compte pour le calcul du pouvoir d'achat; ce qui à mon avis doit être changé et très vite car cet indicateur manquant participe grandement à la défiance actuelle des français envers les statistiques officielles ! En effet, pour les statisticiens, l'acquisition d'un logement ne relève pas de la consommation mais de l'investissement. Certes. Mais peut on continuer d'ignorer les traites qui grèvent les budgets de tant de ménages ?

Autre élément invisible dans les statistiques mais qui pèse sur le portefeuille des consommateurs : le nombre de ménages augmente deux fois plus vite que la population ! Les familles sont en effet de plus en plus éclatées, avec un taux de divorce qui augmente chaque année, et les bataillons de personnes vivant seules ne cesse de se renforcer (8,3 millions en 2007 contre 7,4 il y a 8 ans). Or, à revenu par tête identique, vivre à plusieurs est évidemment plus économique car on peut partager les frais fixes.

Autre raison pour laquelle tant de français ne se retrouvent pas dans les statistiques que leur sert l'INSEE : elles cachent désormais d'énormes disparités. Ainsi, alors que 0,01% des foyers les mieux lotis se sont mis 40% de plus dans les poches entre 1998 et 2005, beaucoup dans les rangs des catégories intermédiaires ont été mis au régime sec.

December 17

Once

Dans les rues de Dublin, deux âmes seules se rencontrent autour de leur passion, la musique...Il sort d'une rupture douloureuse. Elle est mariée à un homme qu'elle n'aime plus. Dans un monde idéal, ils seraient faits l'un pour l'autre...

Ils ne sont pas nombreux les films qui arrivent à décrire la complexité et l'universalité des sentiments de façon aussi simple et désarmante que Once. Le duo/couple d'acteurs/musiciens est très attachant, de drôlerie, d'émotion, de regards et, bien entendu, de musique. Cette musique qui nous berce au travers d'interprétations géniales forme, avec la ville de Dublin, le second couple du film.

Once m'a ensoleillé pour au moins 3 mois.
 
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December 16

La société de défiance. Comment le modèle social français s'autodétruit

"La société de défiance. Comment le modèle social français s'autodétruit" de Yann Algan et Pierre Cahuc (Editions Rue d'Ulm)
 
Ce petit livre explique et reflète à la fois cet état d'esprit qui constitue un sérieux handicap pour une nation qui n'a pas renoncé à compter et pour une société à la recherche d'un nouvel équilibre. Il est le fruit du travail de deux jeunes et brillants économistes qui s'expriment sans grâce mais vont droit aux faits et s'appuient sur des données incontestables. Leur diagnostic (qui cherche naturellement à provoquer un choc thérapeutique positif) est que la France est dominée par la défiance et par l'incivisme, et qu'elle le doit à un mélange de corporatisme et d'étatisme instauré après la Libération. Les exemples qu'ils donnent sont impressionnants : 21% seulement de français déclarent faire confiance aux autres, contre plus de 60% dans les pays scandinaves. Cette méfiance ne s'applique pas seulement aux individus, mais aux institutions, qu'il s'agisse du Parlement, de la justice ou des syndicats. Pis : les français se persuadent dans leur majorité qu'il n'est pas possible de parvenir au sommet de la société sans être corrompu. Quasi masochisme, ils jugent même dangereux de faire confiance à des gens comme eux. Par leur réponse à des questionnaires internationaux comparatifs, ils remportent effectivement haut la main la palme de l'incivisme.
 
Réclamer des aides publiques auxquelles on n'a pas droit : injustifiable pour 89% des Danois. Mais condamné par seulement 38% chez nous. Pire encore, les questions portant sur ce genre de comportement nous classent toujours parmi les derniers pays. L'étude mené sur le travail statistique nécessaire a été effectué afin de s'assurer que les écarts ne sont pas dûs à des différences d'éducation, de revenu, de situation familiale ou d'appartenance religieuse. Les résultats me paraîssent valables.
D'ailleurs une statistique dans le bouquin m'a beaucoup fait rire. Les économistes Raymond Fisman et Edward Miguel ont étudié le respect des règles de stationnement par les diplomates de l'ONU à New York. Ils ont passé au crible 150 000 contraventions, dressées entre 1997 et 2002, aux représentants de 146 pays.Ces PV ne sont jamais payés, immunité oblige. Pourtant, bien que ne risquant aucune sanction, les fonctionnaires de 21 nations se sont montrés irréprochables : pas une amende en 5 ans pour les diplomates anglo-saxons et scandinaves. La France, elle, se situe au 78ème rang avec une moyenne de 6,1 contravention par diplomate.... Et quantité d'autres études où à chaque fois la France fait piètre figure.
En épluchant les chiffres, on se rend compte que ces travers ont un coût énorme pour l'économie. Une forte corrélation a été repérée entre ces indicateurs et le niveau de revenu par habitant. Il restait à savoir dans quel sens marchait le lien de causalité. On pourrait tout d'abord croire que le niveau de développement améliore la confiance et le civisme : plus on est riche, moins on vole la mobylette du voisin, qui du coup vous fait davantage confiance etc.....Mais ces études démontrent que la défiance et l'incivisme résistent à la hausse des revenus, comme si les valeurs culturelles perduraient dans un contexte économique différent. Sans entrer dans les détails méthodologiques complexes, on pourrait dire que la France aurait un PIB supérieur de 5% soit environ 1500 euros par personne et par an, si elle était aussi vertueuse que la Suède.
De plus en plus de chercheurs pensent que les attitudes culturelles influent sur l'économie. Certains travaillent par exemple sur les variations du taux d'activité des femmes d'un pays à l'autre. Elles sont souvent expliquées par des différences tangibles, comme le nombre de places en crèche, mais on s'interroge maintenant sur la question "le travail des femmes n'est pas une bonne chose pour les enfants" par exemple.
 
Nos deux auteurs y voient l'effet direct d'une synthèse typiquement française de corporatisme et d'étatisme, les statuts et les professions déterminant les avantages sociaux (d'où une fragmentation de la société et le déploiement spectaculaire d'envies, de jalousies et de revendications concurrentes), l'Etat se mêlant de tout, arbitrant tout et se substituant au dialogue social naturel entre syndicats et patronat. La volonté initiale de concevoir un système universaliste dans lequel tout le monde est éligible aux droits sociaux, a achoppé sur les revendications corporatistes. C'est l'époque où l'on invente le statut des fonctionnaires, les régimes de retraite spéciaux, la gestion des organismes sociaux par des syndicats dotés du monopole. Tout cela a donné un système compliqué et injuste. Dès 1981, Pierre Rosanvallon écrivait "la Crise de l'Etat-Providence". Parceque notre syndicalisme était trop faible, avec des centrales arc-boutées sur leurs privilèges liés à la gestion paritaire. L'Etat est venu pallier le manque de dialogue social. Cet interventionnisme a encore affaibli les syndicats et la concertation. Un exemple criant : prenez les licenciements économiques, en Allemagne il y a une réglementation mais tout passe par la négociation et l'accord collectif. En France un plan social se présente d'abord à l'administration du travail.
 
 LES FRANCAIS PENSENT QUE LE SYSTEME SOCIAL EST CORROMPU.... La question posée est : "Pensez-vous que de nos jours, on ne peut arriver au sommet sans être corrompu"
France : 52 %
Allemagne : 45 %
Royaume Uni : 25 %
Etats Unis : 22 %
Norvège : 13 %
Les Français considèrent donc avec une grande suspicion la réussite de leurs concitoyens. Seuls les Russes, les Polonais et les Japonais se montrent plus méfiants encore. 
 
- LES FRANCAIS PLUS TOLERANTS QUE LES AUTRES A L'EGARD DE L'INCIVISME... La question posée est : "Pensez-vous injustifiable de toucher une aide sociale indue"
Danemark : 89 %
Etats Unis : 74 %
Royaume Uni : 71 %
Allemagne : 58 %
France : 38 %
A noter, parmi les pays cités par Pierre Cahuc, même le Mexique se montre plus vertueux...
December 10

Le retour du Dirigeable

Les fans du légendaire groupe Led Zeppelin se sont rassemblés à Londres lundi pour assister au grand retour sur scène de Led Zeppelin et à leur premier concert au grand complet depuis près de 30 ans.

Le chanteur Robert Plant, le guitariste Jimmy Page et le bassiste-claviériste John Paul Jones devaient être rejoints par le fils du batteur décédé John Bonham, Jason. "Led Zep" s'était dissout le 4 décembre 1980, après la mort de "Bonzo". L'ancien bassiste des Rolling Stones Bill Wyman et le chanteur Paul Rodgers devaient également participer à la soirée.

Seuls 18.000 fans ont pu obtenir des billets pour le concert de charité de lundi mais les millions de fans espèrent bien voir le groupe entamer une tournée. Le plus difficile à convaincre sera sans doute Robert Plant, aujourd'hui âgé de 59 ans, bien qu'il ait estimé dans l'hebdomadaire dominical "Sunday Times" que "ce ne serait pas une si mauvaise idée que de jouer ensemble de temps en temps".

Le concert de lundi n'est pas la première réunion de Led Zeppelin mais c'est la plus importante. Ils s'étaient déjà retrouvés en 1985 pour le concert de charité Live Aid, puis trois ans plus tard, avec Jason Bonham à la batterie, pour le 40e anniversaire de la maison de disques Atlantic Records. En 1995, pour leur entrée au Rock and Roll Hall of Fame, ils avaient brièvement joué avec d'autres musiciens.

Les billets du concert de lundi, initialement vendus 125 livres sterling (175 euros), ont atteint 1.000 livres (1.400 euros) et plus sur Internet. Un fan, Kenneth Donnell, âgé de 25 ans, a même payé 83.000 livres (€115.000) pour deux entrées lors d'une vente aux enchères sur la radio BBC le mois dernier.

Le concert est dédié au fondateur d'Atlantic Recordsn Ahmet Ertegun, mort l'an dernier. Les bénéfices iront au Ahmet Ertegun Education Fund (Fonds Ahmet Ertegun pour l'éducation), qui fournit des bourses d'études pour l'université aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et en Turquie.

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December 07

La France en morceaux suite, idéologie de la victimisation

Il me semble nécessaire de prendre conscience que plusieurs facteurs ont concouru à la mise en place de cette idéologie de la victimisation, et de son corollaire, la repentance des Français, que je qualifie de stérile et contre-productive. Cette idéologie est non seulement injustifiée, mais elle constitue de surcroît un réel poison pour les enfants issus de l’immigration. Certains de ces facteurs sont imputables aux Français de souche, d’autres aux migrants eux-mêmes, d’autres enfin à notre classe politique.  

La sombre période de la seconde guerre mondiale, avec le gouvernement de Pétain, a laissé sur les Français de souche des traces très profondes qui ont considérablement marqué leurs attitudes. D’autre part, n’oublions pas que la grande majorité des migrants des dernières vagues proviennent d’anciennes colonies ou d’anciens protectorats français. Là aussi, le remords d’avoir laissé s’installer des rapports dominants-dominés pendant cette page d’Histoire est encore très prégnant chez les Français de souche.  Si les migrants provenaient de pays européens, ou même d’Amérique du Sud, le comportement des Français de souche serait tout autre, et l’idéologie de la victimisation n’aurait pas connu une aussi large diffusion. Les Français de souche n’auraient en effet pas permis aux migrants de s’enfermer dans cette posture idéologique où tout immigré ou enfant d’immigré devient une victime en puissance. Enfin, un facteur qui me semble également jouer un rôle non négligeable est la facilité à culpabiliser qui habite les hommes et les femmes imprégnés d’une culture de sensibilité catholique. Ce caractère me semble beaucoup moins prononcé chez les peuples de sensibilité majoritairement protestante.  

Enfin, concernant les Français de souche, cette pente victimaire n’aurait pas été aussi aisément suivie si les Français ne doutaient pas autant d’eux-mêmes et de leur propre identité. Cela se traduit par une grande propension du peuple français à l’auto-dénigrement, c’est assez frappant ! Si nos dirigeants politiques n’avaient pas eu cette tendance régulière à filtrer les pages de l’Histoire de France dans leurs choix commémoratifs, cela aurait très certainement aidé les Français à mieux assumer leur Histoire, aussi bien les pages d’ombre que les pages de lumière. 

En ce qui concerne les migrants et leurs enfants, lorsque l’on émigre dans un pays de culture très différente, on rencontre inéluctablement des difficultés d’adaptation. Ces difficultés sont d’autant plus conséquentes que ces migrants arrivent dans une société dont le référentiel culturel est profondément différent du leur. Si de plus, la société d’accueil ne leur précise ni les codes, ni les règles qui la régissent, ni les lignes blanches à ne pas franchir (socle de valeurs fondamentales), alors inévitablement leur insertion dans cette société deviendra conflictuelle, voire impossible. 

Il était prévisible que des jeunes déjà déstabilisés et désorientés par de profonds problèmes de construction d’identité, ne pourraient que devenir des « écorchés vifs » quand on leur assène à tout bout de champ qu’ils sont en réalité des « victimes » de la société française. Cette victimisation n’a fait que les conforter dans leurs sentiments profonds, car ils sont en effet les victimes de la grande difficulté d’articulation entre leurs codes familiaux et les codes du peuple d’accueil. Lorsque l’on est inscrit dans un statut de victime, on se met généralement en position d’attendre des autres qu’ils agissent pour changer la donne. S’inscrire dans la quête perpétuelle de ce qu’on estime que les autres doivent nous apporter, au lieu de s’inscrire dans une démarche active de construction de sa propre vie, ne peut conduire qu’à l’échec. C’est ce qui est arrivé aux enfants de l’immigration, dont un grand nombre ne s’investit plus dans la construction de son propre avenir, et cela commence par une incapacité des élèves à saisir les innombrables perches que leur tend l’enseignement dispensé à l’école. De plus, en rejetant systématiquement la responsabilité sur les Français de souche, on a laissé croire, à tort, aux enfants de l’immigration, que les codes et valeurs fondamentaux de la société française pouvaient changer. Il n’est donc pas surprenant qu’ils les transgressent.  

Le statut de victime déresponsabilise l’individu et le dépossède de tout esprit d’initiative. Aussi, il est logique que ces groupes de « victimes », qui sont au plus bas de l’échelle sociale en arrivant en France, sombrent peu à peu ou deviennent entièrement dépendants de la solidarité nationale. La réussite au sein de la société française requiert engagement, opiniâtreté, persévérance et respect des valeurs qui en constituent le socle. Il faut beaucoup de patience et d’énergie positive à un nouvel entrant pour qu’un groupe, quel qu’il soit, accepte de lui faire une place. Il est intéressant de relever que des élèves dotés du même profil, et qui évoluent encore dans leur pays d’origine, n’adoptent absolument pas le même comportement et continuent à s’investir à l’école, dans le respect des lois établies dans leur pays, alors qu’ils savent parfaitement qu’ils n’auront que très peu de chances de trouver un emploi dans leur contexte économique. Il me semble important de le préciser, car on n’a de cesse de répéter en France que ces jeunes se marginalisent parce qu’ils voient leurs parents ou leurs aînés au chômage, ce qui n’est pas la bonne explication.  

Avoir occulté aux migrants et à leurs descendants la réalité du contrat social et moral qui lie l’ensemble des membres de la société française ne pouvait aboutir qu’à leur exclusion. Il faut également souligner que cette idéologie victimaire vient se greffer sur un terrain très propice, dans la mesure où la majorité des migrants proviennent de sociétés où le groupe a un ascendant très fort sur l’individu, et le dépossède déjà d’une grande partie de son esprit d’initiative. C’est cette culture de groupe, et non pas le respect de la liberté individuelle, qui est transmise aujourd’hui par un grand nombre de familles de migrants à leurs enfants. Le fossé ne fera que se creuser entre ces enfants et ceux qui sont éduqués dans les familles françaises de souche, où ces derniers acquièrent l’exigence absolue du respect de la liberté individuelle et de la liberté d’entreprendre, dans le respect évidemment des lois qui s’imposent à tous sur le territoire français. Les hommes politiques ont préféré s’en remettre au hasard du temps plutôt que d’admettre qu’il était nécessaire d’aider les familles issues de l’immigration à comprendre le fonctionnement réel de la société française.

Les Français n’ont à ce jour pas encore pris conscience du poids de certains groupes de pression dans notre société. Ces groupes sont à présent très introduits dans le monde politique, et ont réussi à ériger cette idéologie de la victimisation en dogme quasi-intouchable. En tentant de persuader que la France et les Français sont responsables de l’actuelle mauvaise condition des migrants et de leurs descendants (discriminations ethniques et raciales), les partisans de l’idéologie victimaire s’estiment fondés à exiger de la France et des Français qu’ils assument la réparation des préjudices subis. À leurs yeux, les Français étant coupables, ils doivent payer, de la même manière que les Américains ont, avec la discrimination positive, espéré réparer les conséquences de leurs lois de ségrégation raciale. Nous voyons là que cette idéologie de la victimisation poursuit un but : introduire un traitement de faveur au bénéfice des populations issues de l’immigration. Elle est en passe de réussir, puisque le Président Nicolas Sarkozy veut mettre en œuvre en France la discrimination positive, qu’il rebaptise « à la française », mais qui est en réalité identique à l’« Affirmative Action » des États-Unis.

Les gouvernements successifs ont tous accordé une attention particulière aux banlieues, et pourtant la situation s’est dégradée jusqu’à un début d’insurrection en novembre 2005. Le plan de rénovation urbaine de Jean-Louis Borloo est extrêmement coûteux et il n’apportera aucune solution au problème qui nous est posé, car l’origine des difficultés d’intégration et des manifestations qui en découlent, notamment la violence, est ailleurs. La France ayant perdu trop de temps, ce problème devient de plus en plus difficile à régler. Il faut donc cesser de distraire le peuple français avec des mesures qui ne traitent aucunement l’origine des problèmes. Être pauvre ne signifie pas être destiné à l’échec scolaire et au basculement dans la délinquance. J’espère que l’on s’interrogera un jour sur ce qui fait que de nombreux élèves d’établissements classés ZEP (Zone d’Éducation Prioritaire) n’étudient tout simplement pas, alors que les ZEP bénéficient de tant d’attentions et que les enseignants s’y investissent avec un sens de l’engagement qui devrait forcer le respect. Un élève peut-il réussir à l’école sans s’investir dans ses études ?  J’espère que l’on cherchera un jour à comprendre pourquoi des enseignants sont pris pour cibles par leurs élèves. J’espère que l’on réalisera également que lors de l’insurrection de 2005, les émeutiers se sont attaqués à tout ce qui avait été construit pour les aider à s’en sortir : écoles, équipements sportifs… Est-ce donc réellement une insuffisance de moyens qui les conduit à détruire ou détériorer ce qui leur a déjà été accordé ?

December 05

DAVE MATTHEWS BAND

 

Un groupe originaire de Virginie, Charlottesville, USA.
Une voix inimitable un tantinet mélancolique, accompagnée par une guitare acoustique et magique qui riff très vite,
ajoutez un batteur jazzy qui percussionne comme un dieu, un sax aussi à la formation jazz qui envoûte tout ce qui bouge, une basse inventive, maîtrisée et élaborée, ainsi qu'un violon dynamique et hallucinament doué... ajouter de l'énergie à revendre, du groove et du feeling...  
Voici Dave Matthews band : une musique jazziment pop/rock/folk/blues/reggaesque... Indéfinissable mais génial !!!
Albums incontournables :
- Crash
- Before these crowded streets
- Under the table and dreaming
- Busted Stuff
- Listener Supported (live)

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December 04

Anatta et le concept du non soi

La notion d'anatta concerne les idées de "soi", "moi", d' "être" et de "principe éternel". Pour le bouddhisme, il n'y a pas de tels principes. Rien ne dure, rien ne perdure, rien ne persiste, tout se désagrège et se réaggrège sous d'autres formes et sous d'autres combinaisons, tout disparaît, tous les états sont purement transitoires.


Pour le bouddhisme, la notion de moi est une illusion. Il n'y a pas de prise possible de moi-même sur quoi que ce soit qui puisse durer ou se maintenir tel quel dans le temps et par delà le temps et la mort. Les prolongements de cette illusion d'une appropriation à soi-même de biens, de choses, de personnes, que se soit sous la forme de l'attachement, de l'envie, de la possession matérielle ou de l'idéologie (mon, ma, mes, le mien, mien, miens, à moi, ... ) sont non seulement parfaitement illusoires, mais sont aussi la principale source de tous les conflits, depuis l'altercation bénigne jusqu'aux conflits graves.


La notion d'anatta s'exprime dans chacun des grands concepts du bouddhisme et en est indissociable. On ne trouvera nulle part de super ego caché derrière le sujet, on ne trouvera pas d'instance au dessus du sujet, de soi (Soi) qui orchestrerai le tout. Ce soi, cet ego (qui reflète une réalité psychologique, mais qui ne doit être pris que comme un outil dans l'élaboration psychophysique d'un individu), n'est à son tour qu'une illusion. (Il ne s'agit pas évidemment de le nier, mais des le reconnaître simplement pour ce qu'il est). On dit ensuite que ces cinq agrégats sont en perpétuelle mutation à la fois dans leur mode de combinaison, dans leur fonctionnement, dans leur réactivité aux stimulations, dans leur intensité, dans leur impact sur la conduite du sujet … Il n'y a donc rien qui puisse être identique deux instants consécutifs. Il n'y a rien qui puisse être stoppé, gardé et conservé immuablement. Cet ego, c'est justement cette illusion d'une permanence d'un soi. Un tel état ne se rencontre pas, chez aucun sujet, nulle part.

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La solitude

 

La solitude est le fait d'être seul. Il ne faut pas confondre solitude et  isolement. La solitude est un état d'esprit, le sceau de notre nature humaine. L'isolement est une solitude subie, triste, souffrante.

Souffrir de la solitude, mauvais signe ; je n'ai jamais souffert que de la multitude... (Friedrich Nietzche)

December 03

Europe suite ...

Le traité de Rome a célébré cette année son cinquantième anniversaire. À l’âge de 50 ans, est-il temps pour l’Europe de prendre sa retraite, tout comme souhaiteraient le faire ceux qui défilent dans les rues de Paris pour défendre le système antique des privilèges corporatistes ? Peut-on à l’inverse espérer insuffler à l’Europe une nouvelle vigueur ?

L’Europe est devenue l’experte du non. Non au plombier polonais. Non aux États-Unis. Non à la Turquie. Les Allemands ont dit non à l’énergie nucléaire visant à réduire les émissions de CO2. Les Français ont dit non à la libre concurrence. Les Anglais ont dit non à un ministre européen des Affaires étrangères. C’est une Europe de nonistes qui a fêté ses 50 ans.

L’Europe a besoin aujourd’hui de leaders capables de dire oui. En attendant, à l’heure où les 27 nations européennes font passer leurs intérêts nationaux et sacrés devant un intérêt européen qui leur serait commun, sommes-nous en train d’assister à une renationalisation de l’Europe ?

Jamais une Europe unie n’a-t-elle dû faire face à autant de défis. L’Europe peut-elle accepter que l’Iran devienne une puissance nucléaire ? Alors, une course nucléaire sunno-chiite sera entamée entre toutes les puissances du Moyen-Orient, de l’Égypte à la Turquie. L’Europe peut-elle accepter que la Russie détermine la politique européenne au Kosovo ? Comment l’Europe peut-elle faire face à la menace que représente l’idéologie islamiste, fondamentalisme djihadiste et les haines qui en résultent, haines des femmes, des homosexuels, des Juifs, et de toutes les libertés conquises depuis Galilée et Spinoza ?

En France, les problèmes sociaux actuels sont la conséquence d’une croissance économique faible, d’un chômage élevé et du fort taux d’endettement de l’État depuis les vingt dernières années. Une croissance française de 3 % par an sur dix ans – ce qu’a connu et que connaît encore l’Espagne – suffirait à créer le dynamisme nécessaire à la recherche de nouvelles solutions, sans imposer le spectacle d’une nation riche au sein de laquelle les citoyens ne peuvent pas prendre le train et les étudiants ne peuvent pas fréquenter leurs universités pour étudier. L’Europe a besoin d’une politique nouvelle fondée sur un matérialisme moderne. Comment peut-elle retrouver le chemin de la croissance et de la création d’emplois ? Doit-elle abandonner l’idée d’une croissance forte au profit de la Chine, de l’Inde et du Brésil, et se contenter de partager les parts de plus en plus disputées d’un gâteau économique plus petit ?

Que dit l’Europe de l’accroissement de la pauvreté, de la corruption et des mouvements populaires en Afrique ? Les exactions commises au Zimbabwe sous le régime de Robert Mugabe, au pouvoir depuis 1981, sont pires que celles de toute autre nation dans le monde. Quelle est la réponse de l’Europe ? Dérouler le tapis rouge devant M. Mugabe à l’occasion du sommet Euro-Afrique de Lisbonne. Au lieu de faire preuve de solidarité envers les victimes de cette dictature, l’Europe lève son verre à la santé du bourreau.

Le président Sarkozy a rejeté avec un certain courage la culture de l’antiaméricanisme devenue monnaie courante à Paris. Le choix qui s’offre à l’Europe est celui de l’ouverture ou de la fermeture, d’une Europe unie autour d’un idéalisme européen ou divisée par les ego nationaux. Construire une alliance des démocraties du XXIe siècle ou percevoir les États-Unis comme une nation hostile. Créer les conditions d’une croissance écologique ou rejeter l’énergie nucléaire. Dans cette optique, trouver un accord sur le nouveau traité est un premier pas, modeste mais nécessaire. Car les véritables défis que l’Europe devra relever se font plus pressants que jamais.

Balle au centre

Depuis la défaite de Valéry Giscard d’Estaing, il y a 26 ans, l’UDF a la fâcheuse manie de se faire détrousser. Ses idées tentaient les autres, ils se sont servis. Tant et tant qu’au fil du temps plus rien ne lui est resté et qu’elle est morte hier. Un 2 décembre. Austerlitz a un air de Waterloo.

Sur quelques idées fondamentales, l’UDF tirait fierté d’avoir eu raison avant les autres. Sur l’Europe, sur l’impérieux besoin d’adapter la France à un phénomène qu’on n’appelait pas encore «mondialisation», et sur l’organisation trop jacobine du pays.

VGE était europhile, «libéral inguérissable», comme il disait, et décentralisateur. Gaullistes et socialistes, qui l’étaient si peu, ont peu à peu amendé leur doctrine pour l’adapter au monde moderne. Après avoir tenté «le socialisme à la française», François Mitterrand a signé le traité de Maastricht, où l’on cherche en vain une once de collectivisme. Après avoir vu dans l’UDF «le parti de l’étranger», Jacques Chirac s’est mué dès 1995 en défenseur de l’idéal européen. Le premier a lancé la décentralisation, le second l’a inscrite dans la Constitution. Et Nicolas Sarkozy a été élu en 2007 sur un programme dont chacun a compris qu’il avait pour but de faire suivre au pays une bonne cure de libéralisme, même si Henri Guaino veille au bon dosage des médications. Tout cela, c’étaient les idées de l’UDF et on les a appli­quées sans elle.

Reste François Bayrou. Fier, intrépide, tumultueux et fulminant, il aurait été jadis cadet de Gascogne. Mais il n’y a plus de cadets de Gascogne. Car l’UDF ne s’est pas fait seulement voler ses idées, elle s’est aussi fait voler ses hommes. L’entreprise de pillage a commencé en 2002 avec la création de l’UMP, elle s’achève en 2007 avec l’émergence du Nouveau Centre. Tous les anciens amis se sont mués en nouveaux ennemis. Donc, il n’y a plus que le MoDem et ses trois députés.

Plus grave encore, François Bayrou s’est fait subtiliser sa stratégie, celle de l’ouverture. Il voulait réunir «de Delors à Balladur» ; c’était son leitmotiv. Plus audacieux, et plus goguenard, Nicolas Sarkozy a réuni de Fadela Amara à Christine Boutin. Dans l’art d’allier les contraires, l’un a fait beaucoup mieux que l’autre.

Dès lors, la «singularité Bayrou» ne saute pas aux yeux. C’est, si l’on comprend bien, un peu plus de ceci et un peu moins de cela.

Il lui faudra ferrailler pour convaincre l’opinion qu’il faut peut-être un peu moins de libéralisme par-ci, peut-être un peu plus d’Europe par-là. Il sautera sur toutes les occasions. Mais tout cela ne fait pas un programme et l’accusation d’opportunisme lui reviendra toujours en boomerang.

François Bayrou s’en moque, parce qu’il attend. Que le temps passe, que les saisons changent et que les lignes bougent. Il sait que les Français s’amourachent puis se détournent. Peut-être, peut-être, mais rien n’est sûr, et en attendant il va falloir marcher dans le désert.

November 25

Immigration et non politique

Brice Hortefeux, Ministre de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité Nationale et du Codéveloppement Ministre de l'Immigration du gouvernement Sarkozy, a présenté un projet qui durcit les conditions du regroupement familial et qui prévoit que les candidats à l'immigration ou à la régularisation seront soumis à une évaluation de leurs connaissances de la langue et des valeurs de la République.
 
Dans le cadre d'un parcours d'intégration, inciter les migrants à apprendre le français n'est pas une mauvaise idée. S'agissant des valeurs de la République, je ne suis pas certain que leur apprentissage puisse relever de la réglementation. C'est notre affaire à tous. Surtout, cette réforme précipitée et partielle va susciter des tensions et de nouvelles inégalités, sans répondre à l'objectif affiché par le gouvernement de lutte contre l'imigration illégale. Le durcissement du regroupement familial ne fera que pénaliser quelques milliers de personnes qui ont respecté les règles. En effet, le regroupement familial s'applique aux conjoints et enfants mineurs d'étrangers en situation régulière, dès lors que ceux-ci disposent d'un logement et de ressources suffisantes. Mais ils représentent seulement 10 % des titres de séjour accordés pour des raisons familiales.
 
Alors sur quel fondement sont donc octroyés les autres titres de séjour pour raisons familiales? Au moins 10 autres cas sont recensés par la loi, qui concernent des familles étrangères de français et des étrangers malades, mais aussi les étrangers en situation irrégulière qui n'entrent dans aucune des catégories précédentes et invoquent des liens personnels et familiaux non définis avec des personnes résidant en France, régulièrement ou non. Ce qui signifie que 2 clandestins entrés en France avec leurs enfants munis d'un visa de tourisme peuvent obtenir leur régularisation sans avoir à justifier d'un emploi et d'un logement alors qu'un français qui veut faire venir sa femme espagnole ou allemande doit prouver qu'elle ne sera pas une charge. Or le nombre de ces régulatisations "vie privée et familiale" accordées sans la moindre condition de ressources a quadruplé depuis l'adoption de la loi Chevènement-Jospin du 11 Mai 1998 (dit loi Reseda). Son postulat principal, selon lequel les régularisations législatives de plein droit, dites "au fil de l'eau", risquent moins de créer un appel d'air que les régularisations ponctuelles, a été démenti par les faits.
 
La France régularise donc hors de toute obligation législative, constitutionnelle ou internationale. Les experts de gauche comme de droite définissent, sur la base de raisonnements juridiquement contestables, trois voies légales d'immigration : l'asile, le travail et la famille. En réalité il en existe seulement deux. La première répond aux obligations internationales de la France (droit d'asile, liberté de circulation et de séjour des citoyens de l'Union Européenne). La seconde est à la discrétion du pays d'accueil. La Cour Européenne des droits de l'Homme le réaffirme avec constance : un  Etat a le droit de choisir les étudiants, les travailleurs et les visiteurs qu'il accueille. Le problème est que le "droit à la vie familiale normale" inscrit dans la Constitution et le "respect de la vie privée et familiale" garanti par la Cour, interprétés de façon erronée par nos politiques, sont devenus une troisième voie d'immigration de peuplement, la plus importante en France depuis qu'on a stoppé l'immigration de travail en 1974. Autrement dit, la France va bien au-delà de ses obligations.
 
En somme, la France a une politique très généreuse d'immigration légale et de régularisation de l'immigration illégale. La situation est encore plus paradoxale. Depuis 1974 on a considérablement durci les conditions d'immigration légale, tandis que, sans même en avoir conscience, les gouvernements successifs encourageaient l'immigration illégale. La France est le pays à taux de chômage élevé qui a la législation la plus libérale au monde en matière de régularisation. Aussi parlerai-je plutôt d'une non-politique de l'immigration. Au fil des réformes contradictoires de la gauche, qui prétend offrir toujours plus de droits, et de la droite, qui affirme instaurer toujours plus de contrôles, ainsi que le dit justement Patrick Weil, l'ordonnance du 2 Novembre 1945 relative à l'entrée et au séjour des étrangers est devenue incohérente, illogique et descriminatoire. En théorie, elle permet d'accueillir toute la misère du monde; or c'est impossible en pratique. Cette situation est d'autant plus explosive qu'elle est appréciée de façon divergente par "le peuple" et "les élites", en particulier par les médias, les artistes et les milieux enseignants, toujours prêts à dénoncer l'intolérance.
 
Mais faire croire qu'on peut fermer les frontières et éradiquer l'immigration illégale est irrésponsable. Il existe deux options ineptes. La première, qui correspond au mythe de l'immigration zéro et à l'expulsion de tous les étrangers en situation irrégulière, ne peut se concevoir que dans un Etat totalitaire. La seconde est celle d'une régularisation illimitée qui aboutirait à la fin de l'Etat-nation. J'ai fini, avec tristesse, par la considérer comme aussi dangereuse que le racisme de l'extrême droite.
 
En effet, il faut être aveugle ou extrémiste pour ne pas voir que depuis 1974, nous avons découragé l'immigration de travail et encouragé l'immigration d'assistanat. On ne demande plus au migrant d'être en mesure de gagner sa vie et de contribuer à l'aide au développement en envoyant de l'argent dans son pays d'origine. Pour obtenir sa régularisation mieux vaut avoir profité au maximum d'un système social exemplaire mais moribond qui favorise ce que j'ai fini par qualifier, par consternation et provocation, le droit à la procréation illimitée.
 
Faire des enfants qui bénéficient du système social français serait un bon moyen de rester en France. Comme l'explique Marie Dumes, juge administrative en région parisienne, dans les salles d'audience transformées en nurseries, les requérantes font de moins en moins valoir le risque politique. Elles disent "je suis venu en France pour scolariser mes enfants, ou parcequ'ils avaient besoin de se faire soigner, de même que mon mari et moi". Il y a également de plus en plus des cas de femmes entrées avec un visa de tourisme qui ont eu un, deux, voire trois enfants sans père connu. Leurs enfants sont scolarisés dès l'âge de 2 ans, elles ont obtenu un logement HLM, l'aide sociale à l'enfance et différents compléments et affirment que la seule chose qui leur manque pour travailler est un titre de séjour, quand bien même elles ne parlent pas le français.
 
Alors que faire? Nous n'allons tout de même pas interdire aux immigrés en situation irrégulière de faire des enfants. Le problème en France, d'ailleurs souligné par Ségolène Royal comme par Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle, est qu'on a perdu de vue l'équilibre entre droits et devoirs. D'où une déresponsabilisation des parents et une instrumentalisation des enfants, devenus un moyen de rester en France. On s'inquiète de la polygamie, problème réel mais marginal, tandis qu'un angélisme qui s'apparente à une discrimination positive perverse concourt à l'explosion du nombre de familles monoparentales dans les couches les plus précaires. Contribution essentielle à l'égalité entre hommes et femmes, la contraception permet de planifier les naissances en responsabilité. Il n'est pas question d'interdiction légale de la procréation, pratique qui serait l'apanage d'un Etat totalitaire. Mais notre loi et notre pratique administrative incitent les travailleurs qui n'ont pas réussi à obtenir un titre de séjour à faire venir leur famille et encouragent les sans papiers à avoir des enfants dès leur arrivée sur le sol français, souvent en dehors de tout cadre familial stable.
 
Il y a de quoi s'inquiéter pour les enfants de la génération "article 8" (de la loi Reseda), qu'ils restent en France ou retournent dans leur pays d'origine. En se contentant du point de vue humanitaire, on a abouti à une situation intolérable. Jusque-là, l'assistanat n'avait jamais été le ferment de l'immigration. Dans toutes les sociétés, y compris les plus traditionnelles, on commence par se former, travailler, se doter d'un toit, et c'est ensuite que l'on fonde une famille. Les migrants, qu'il ne faut pas prendre pour des imbéciles, ont compris que, s'ils s'installaient en Espagne, en Grande-Bretagne, voire à Canton, il leur faudrait respecter ce schéma. En France, patrie des droits de l'Homme, les travailleurs clandestins sont privés de droit, comme le dénonce en vain Droits devant!, la plus sérieuse et politique des associations de défense des sans-papiers, et il faut venir se faire soigner, procréer, voire trafiquer-"avec un bon avocat, on s'en tire"- pour susciter une passion hystérique.
 
Vous me direz que, dans ces conditions, mieux vaut que les personnes qui se font exploiter dans des emplois clandestins aient accès à un minimum de protection sociale. Sauf que toutes les études ont démontré que le "quasi-statut des sans-papiers" mis en évidence par le rapport de la Cour des comptes de novembre 2004 profite essentiellement non pas aux travailleurs exploités, mais aux parents que les tribunaux reçoivent et perçus de plus en plus comme des irrésponsables encouragés par des travailleurs sociaux qui ne savent plus où est l'intérêt général, des médecins empêtrés dans leur serment d'Hippocrate, des associations qui défendent des cas individuels sous couvert de combats collectifs et de tous leurs soutiens qui se donnent donc bonne conscience aux frais de la collectivité. Pour une famille régularisée qui coûte environs 10 000 euros par personne et par an, combien pourrait-on en sauver, de ces damnés de la Terre qui survivent avec un demi-dollar par jour, n'obtiendront jamais un visa de tourisme, ne pourront jamais payer un passeur mafieux et dont les enfants, surtout les filles, n'auront jamais accès à une éducation de base?
 
Le préambule de la Constitution de 1946 établit que "chacun a le droit de travailler". Le paradoxe est que les régularisations donnent droit à l'exercice d'une activité salariée mais ne l'imposent pas, ouvrant l'un de ces "droits-créances" sans contreparties qui transforment chacun en ayant droit, ainsi que l'a dénoncé Pierre Mazeaud lors de ses derniers voeux comme président du Conseil Constitutionnel. Résultat : 40% des personnes régularisées au titre de la vie privée et familiale s'inscrivent au chômage, sans compter les femmes inactives. La France est un cas unique dans le monde comme le soulignait également Pierre Mazeaud.
 
Que faut il faire pour les enfants de sans-papiers scolarisés en France, qui émeuvent légitimement l'opinion? Il faut rappeler que, si inepte soit-elle, la circulaire du 13 juin 2006 sur la régularisation des parents d'enfants scolarisés proposait une aide au retour de 11 000 euros pour une famille de 4 personnes, alors que la gauche en octroyait 400. Dans les pays où le niveau de vie est inférieur de 10 à 20 fois à celui de la France, cela permet de rentrer la tête haute. Le problème est qu'on a créé une nouvelle catégorie de "ni expulsables ni régularisables" et nourrit une énorme frustration en laissant croire que tous les parents -dont les enfants, en vertu d'une circulaire de 2000, ont le droit d'être scolarisés pendant leur séjour et jusqu'à expiration des voies de recours légales - seraient régularisés. Pour finir, très peu de parents ont été régularisés, et très peu reconduits à la frontière. "Laissez-les grandir ici" proclament les cinéastes. J'ai envie de leur répondre "Arrêtez de les instrumentaliser pour vous donner bonne conscience".
 
A long terme, quelles seraient les bases d'une solution à la fois humaine et réaliste ? Il faut tout d'abord désidéologiser le débat. Il faudra, le moment venu, pour apurer la non-politique du passé, procéder à une régularisation large, une sorte de "mesure transitoire". Mais auparavant, le gouvernement doit replacer au coeur du dispositif législatif des critères objectifs et économiques, à l'instar de la plupart des démocraties du monde. C'est-à-dire que les clandestins doivent être soumis aux mêmes obligations que les étrangers en situation régulière : un contrat de travail dans les secteurs qui manquent de main-d'oeuvre et un logement. Quant à leurs défenseurs, plutôt que de s'en prendre à l'Etat ou aux juges, ils feraient mieux de dénoncer les employeurs au noir qui sont, avec les passeurs, les grands bénéficiaires de l'anarchie actuelle.
November 15

On connaît (un peu trop) la chanson

Marre de la nouvelle scène française ! Le succès d'une génération a fait naître une profusion d'albums au détriment de la diversité artistique : saturée de clones, cette production brille par sa banalité et sa franchouillardise.
 
Le paradoxe parle de lui-même : laminée par l'effondrement des ventes (- 45% en 5 ans), la production de la chanson française bat son record : plus de 800 albums en 2006, alors qu'on en comptait que 500 en 1995... Le pic a été atteint en 2003, avec 1400 CD's, l'année où la "nouvelle scène" (Delerm, Bénabar, Sanseverino...) a vécu son apogée. Qu'on aime ou pas leurs refrains du quotidien, ces trentenaires Rive gauche ont raconté une génération, renoué avec le texte et dopé le business. Depuis c'est la photocopie à outrance. La France fonce à pleins tubes avec des clones de Carla Bruni, de faux Obispo, de sous-Bénabar. La saturation vient même de l'intérieur. "la nouvelle chanson française me débecte" crachait cet été Benjamin Biolay à la une du magazine Technikart.
 
Aujourd'hui, près d'un album sur deux est celui d'un débutant. Et les nouveaux venus copient jusqu'aux noms des artistes : filles à prénom (Anaïs, Myrtille, Pauline...), garçons à double prénom (Fabien Martin, Florent Richard.... bonjour la ringardise !). Monsieur Clément par-ci, Mademoiselle K par-là. Le ras-le-bol gronde chez les mélomanes, les critiques, les programmateurs. Le marché du disque mène désormais une politique à ultra court terme, les chanteurs sont proclamés comme tels par les services marketing.
 
La chanson française, c'est l'exception européenne. Désormais tout le monde chante. Un micro, un ordinateur, une page sur MySpace suffisent à s'improviser artiste. Mais c'est toujours la même chanson. Les maisons de disques tentent le risque zéro en publiant des albums de reprises; la collection Voulzy, le prêt-à-porter Dany Brillant, Brel corrigé par Florent Pagny. Quoi d'autre? Des blancs-becs tombés de la Star Academy vite montés en neige. Du rock pour lolitas propulsé par la hype. Des groupes de musette aux noms interchangeables. Des duos tirés à quatre épingles verrouillés sur eux-mêmes. Puis le Dîner de Bénabar, sacré chanson de l'année aux Victoires de la Musique 2007 ( ! ! ! ) le tube raconte le cocooning d'un couple devant sa pizza, a enfoncé le clou.
 
Jean-Louis Murat tonne, de son côté, contre les rengaines "positivement nulles de Bénabar et le déluge de chanteuses à prénom. Il y a plus de vie dans un refrain de Véronique Sanson que dans toute la production de ces pauvres filles aux petites histoires à la con et à la voix de Soeur Sourire..." 
 
Etre artiste, c'est explorer les zones interdites. Le goût du public français tombe de plus en plus bas. Que l'on prenne Cali pour Iggy Pop, alors que c'est le neveu de Pierre Bachelet (lol et re lol) c'est purement hallucinant ! Aujourd'hui en France, tout le monde chante, comme dirait une chanson ironique des Weepers Circus qui recense, côté paroles les "loosers de retour, les couineuses de l'aigu, les clones mal rasés, les fils de leurs pères". Tandis que la mélodie, explique le groupe, mélange tous les poncifs du moment, c'est-à-dire un peu de reggae, de la flûte à bec d'écolier et une ritournelle débile.
 
Sur ce, je vais me mettre un bon Dave Matthews Band sur ma platine, à fond les manettes ! Comment dit on "Cocorico" en anglais???...
November 11

La thérapie hydroréactionnelle

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LA THÉRAPIE HYDRORÉACTIONNELLE  
Par le Professeur Frédéric C.,

 

 

Phase 1: préaction

 

Tout d’abord, l’élu, dans une position de son choix, se fait stimuler la région critique par la main du thérapeute sous l’air d’une musique érotique .  Cette stimulation se fait avec un mouvement ascendant et descendant.  Toutefois, il importe que ce mouvement soit rythmé et continu.  Après quelque minutes de stimulation manuelle,  la région gonfle.  Cette étape est cruciale, car l’élu peut éprouver un malaise face au thérapeute, ce qui entraînerait un dégonflement de ladite région. 

 

Phase 2: hydroaction

 

L’étape précédente fait intervenir l’hydroaction qui consiste à humecter la région avec l’outil privilégié du thérapeute: sa bouche.  Celle-ci excite la région sensible grâce à différents mouvements rétroactifs.  Ces mouvements se poursuivent jusqu’à ce que le client émette des sons tels que des gémissements ou une respiration forte..  Lorsque la région sensible arrive à sa grosseur maximum, le thérapeute recommence la stimulation de la phase 1 tout en poursuivant le mouvement avec sa bouche.

 

Phase 3: explosion

 

Cette étape est excessivement courte. C’est l’écart entre l’hydroaction et l’hydroréaction...Le client devient inconscient puisqu’il est en transe. De plus, il ressent le besoin pressant que quelque chose va surgir de lui.

 

Phase 4: hydroréaction

 

Cette étape est l’aboutissement du processus.  Elle permet l’évacuation  fertile de la région sensible.  C’est l’étape du non retour.  Même si le client désire interrompre la session, il en est incapable puisqu’il est guidé par son instinct de reproduction.  D’après l'éminent professeur C. Frédéric (né en 1972), cette phase est aussi responsable du dysfonctionnement du cerveau étant donné qu’il libère des drogues similaires aux opiacés.  Par conséquent, des changements brusques de la personnalité du sujet peuvent surgir à ce moment.  Parmis ceux-ci on retrouve les cris, les rugissements, les transformations faciales ou les rires démesurés, tout dépendant de la proximité génétique du client avec celle des animaux.

Un bien pour un mal

Le Bien gouvernerait il le monde ? J'adore le paradoxe de fonder ma conception de l'humanisme dans la méchanceté de l'Homme.
Dans "La religion dans les limites de la simple raison", Emmanuel Kant y explique que les hommes ne sont jamais méchants, qu'ils ne font jamais le mal pour le mal, ce qui serait diabolique, mais pour un bien. Pour LEUR bien. Les hommes ne sont pas mauvais mais égoïstes.

Certains m'objecteront l'existence du sadique, en situation extrême et qui fait le mal pour le mal. Je répondrai que non. Le sadique fait du mal à l'AUTRE pour se faire du bien à LUI. Or, son plaisir pour lui est un BIEN. Un sadique est donc tout simplement un égoïste (qui place son propre plaisir plus haut que la souffrance d'autrui), et qui jouit de cette souffrance. C'est pour cela que, bien souvent, il nous ressemble...
Qu'il se nomme l'Abbé Pierre ou Adolf Hitler, "le plaisir les guide l'un et l'autre" pour citer Lucrèce.

Der Wanderer über dem Nebelmeer

Caspar David Friedrich  né à Greifswald le 5 septembre 1774 et mort à Dresde le 7 mai 1840 est le chef de file de la peinture romantique allemande du XIXème siècle.

Le Voyageur contemplant une mer de nuages
(Der Wanderer über dem Nebelmeer) est un tableau de Caspar David Friedrich.

Entre 1781 et 1791, les membres de sa famille décèdent un par un. En 1781, il perd sa mère et sa sœur Elisabeth. En 1787, c'est son frère Christopher qui décède. Et en 1791, sa sœur Maria. Cela va influer sur l'un des deux thèmes de sa peinture, la mort ; l'autre étant la nature et le respect de la nature. 

Cette toile cache une riche symbolique, comme tous les tableaux de ce grand  romantique. En effet, l’homme représente l’être humain religieux qui conçoit sa vie comme un prélude à la vie éternelle.

La masse rocheuse au premier plan symbolise la vie terrestre, où l’homme est situé, sa position : une jambe devant l’autre, montre qu’il domine la vie d’ici-bas mais il y regarde avec admiration l’au-delà, le fond céleste. Les rochers au milieu symbolisent la foi de l’humain. Les montagnes au fond représentent Dieu. La « mer de nuages » représente l’infini l’éternité de la vie future au  paradis.
Dans le tableau le Voyageur contemplant une mer de nuages, on peut voir un personnage présent au centre de la nature en position de domination, d’autre part le personnage est en quelque sorte en position de faiblesse car il a une cane (ou bâton). Peut être par rapport à l’ascension de la montagne. Il contemple l’horizon et semble être seul, il apparaît qu’il n’y a aucune autre présence humaine. Par ailleurs, on peut percevoir chez l’individu, un isolement et une solitude mais aussi peut être un besoin de rêve.

L’individu présent est donc un personnage romantique. L’homme n’est rien face à la nature, on peut en conséquence faire référence au texte les Feuilles d’automne de Victor Hugo dans laquelle on évoque la petitesse de l’homme face à la nature. La nature se régénère, malgré cela l’homme est mortel.

Wanderer-above-the-Mists-Friedrich

 

L'esclavage en terre d'Islam

Malek Chebel, auteur de l'excellent "L'esclavage en terre d'islam" publié chez Fayard, défenseur de l'esprit des Lumières en Islam, engage un nouveau combat : éradiquer la culture de l'esclavagisme, toujours vivante selon lui dans le monde musulman.
 
Cet ancien psychanalyste s'est fait une habitude d'attaquer la société musulmane là où elle a mal, dans son rapport  à la raison et à la liberté de conscience, au plaisir et au sexe. Son dernier opus est encore plus dérangeant : plus qu'une étude scientifique c'est un brûlot. L'Islam qu'il décrit est celui des négriers et des trafiquants, des enfants exploités et des femmes violées. Le fond comme la forme de ce pamphlet peuvent déranger.
 
L'esclavage en Islam est un fait connu : nous avons tous en tête des visions de harem où les ennuques et les concubines sont au service du sultan. De nombreux auteurs comme Bernard Lewis, Robert C. Davis et Olivier Pétré-Grenouilleau ont travaillé sur ce thème. Alors qu'apporte donc de neuf ce nouveau livre de Malek Chebel ?
Le fait que tous ces auteurs précédemment cités ne soient pas musulmans pèse sur la lecture que l'on fait de leurs travaux en terre d'Islam. Malek Chebel les cite d'ailleurs abondamment. Mais en Islam le sujet est tabou. L'esclavage y est tellement interiorisé que les esclavagistes eux-mêmes refusent d'admettre qu'ils le sont. Même des islamologues occidentaux réputés comme Vincent Monteil ou Louis Massignon ont préféré se concentrer sur la hauteur mystique des grands théosophes plutôt que de faire la lumière sur les réalités scandaleuses des marchands de chair humaine. Malek Chebel, lui, est musulman, sa parole a donc un poids différent. Son étude est une enquête de terrain. Il a visité tous les pays dont il présente la culture esclavagiste. A Zanzibar, en Mauritanie, au Maroc, en Egypte.... Il y a rencontré les victimes de l'esclavage.
 
En effet, le Coran est très ambigu sur l'esclavage. Le texte sacré de l'Islam évoque la question de l'esclavage dans 25 versets distincts répartis sur 15 sourates. Le Livre précise que Dieu a "élevé les uns au dessus des autres, en degrés, afin que les premiers prennent les autres à leur service, tels des serviteurs." C'est sur un verset comme celui-ci que se fondent aussi les musulmans wahhabites d'Arabie Saoudite et ceux du Golfe pour réduire leurs domestiques en servitude, en leur enlevant leur passeport et en les traitant comme des esclaves.
Celui qui est converti ne peut être réduit en esclavage, c'est un principe fondamental de l'Islam. Pourtant, dès le VIIème siècle, la traite s'organise vers l'Asie, les Balkans, et surtout l'Afrique. L'Empire avait besoin de bras, et comme justement l'esclave ne pouvait être musulman, on est parti le chercher ailleurs, en Asie, en Turquie, en Afrique. En échange du paiement d'une taxe, le monothéiste, juif ou chrétien, était protégé par l'Islam, d'où son nom de dhimmi. Mais il y a le texte et la réalité. De nombreux Slaves de confession orthodoxe ont été réduits en esclavage, notamment sous le califat turc, pour remplir les harems et peupler l'armée.
 
De Zanzibar à Socotra, Malek Chebel énumère tous les comptoirs de traite qu'a connus l'Afrique. Des villes comme le Caire ont fondé une partie de leurs richesse sur le trafic d'esclaves. Si la traite atlantique organisée par les Européens du XVIIème et XIXème siècle est inexcusable, les musulmans n'ont pas vraiment de leçons à donner. Ils ont organisé la traite des Noirs pendant près de 10 siècles en toute bonne conscience.
 
Cependant, il est difficile de résumer sur un e-mail 10 siècles d'esclavage. Je vous donnerai seulement 3 exemples : le premier est celui des femmes enlevées pour peupler les harems. Si elles avaient un enfant du maître, elles étaient affranchies et leur enfant était reconnu. On connaît plusieurs cas de Sultans ou de califes qui étaient fils d'esclaves. Deuxième exemple  : les esclaves qui grimpent dans l'administration ou dans l'armée. Les mamelouks ont ainsi dirigé l'Egypte du XIIIème au XVIème siècle : ils étaient à l'origine des esclaves utilisés comme soldats, qui un jour ont pris le pouvoir. Troisième exemple : les "sultans-esclaves" de l'Inde moghole, au XIIIème siècle. D'une manière générale, l'esclave peut se convertir, il ne peut prétendre qu'à une demi-part d'un héritage, mais rien n'empêche pour lui de devenir suffisamment riche pour racheter sa liberté, et ensuite de détenir lui-même des esclaves !
 
Il existe plusieurs niveaux d'esclavage. Il existe dans de nombreux pays, particulièrement en Mauritanie, Arabie Saoudite, pays du Golfe, mais aussi au Maroc et en Inde, où il cite les intouchables. Et il ne parle pas des femmes qui, en Iran ou ailleurs, sont utilisés comme des objets, par le biais notamment des mariages de convenance : on se marie le matin, on consomme et on divorce le soir, le bénéficiaire de ce tour de passe-passe étant bien sûr l'homme. Le lien entre toutes ces situations est la servitude, physique, économique et psychologique. Nombre d'exemples qu'il donne relèvent de l'esclavage de traîne : l'homme reste asservi parcequ'il n'a pas les moyens de quitter ses liens, même s'il est en théorie affranchi. Ce n'est pas un hasard si la Mauritanie en est à sa 3ème loi d'affranchissement, la dernière ayant été promulguée en août 2007. La conclusion de son livre est que depuis trop longtemps les musulmans sont imprégnés d'une culture de l'asservissement. Ils doivent s'en affranchir.
 
November 01

A propos des régimes spéciaux....

L'échec en 1945 du projet de constitution d'un régime universel est grandement imputable au corporatisme de certaines professions. D'autres pays ont fondé leur système social sur le corporatisme; il existe des dizaines de caisses de sécurité sociale en Allemagne. Mais celui-ci est assorti d'un dialogue social nourri. Rien de cela en France, où la crispation entre syndicats et patronat reste de mise. L'Etat s'est vite mis en devoir de combler ce manque, provoquant une déresponsabilisation supplémentaire des partenaires sociaux, sans pour autant remettre en cause les dérogations au régime commun. Bien au contraire ! Il a accru le poids de la réglementation en multipliant les situations dérogatoires. D'où la constitution progressive d'un "social-étatisme" aux effets dévastateurs sur la confiance des français.

 

La volonté initiale de concevoir un système universaliste dans lequel tout le monde est éligible aux droits sociaux, a achoppé sur les revendications corporatistes. C'est l'époque où l'on invente le statut des fonctionnaires, les régimes de retraite spéciaux, la gestion des organismes sociaux par des syndicats dotés du monopole. Tout cela a donné un système compliqué et injuste. Dès 1981, Pierre Rosanvallon écrivait "la Crise de l'Etat-Providence". Parceque notre syndicalisme était trop faible, avec des centrales arc-boutées sur leurs privilèges liés à la gestion paritaire. L'Etat est venu pallier le manque de dialogue social. Cet interventionnisme a encore affaibli les syndicats et la concertation. Un exemple criant : prenez les licenciements économiques, en Allemagne il y a une réglementation mais tout passe par la négociation et l'accord collectif. En France un plan social se présente d'abord à l'administration du travail.

Un autre exemple édifiant :  Nos lois sociales sont beaucoup trop compliquées donc contournées en parmanence. Quand la loi ne s'applique pas cela légitime la triche (du côté employeur comme du côté salarié). Il y a mille exemples. La législation sur le licenciement économique est si absconse que les entreprises préfèrent ruser et utiliser la procédure du motif personnel. Les CDD représentent aujourd'hui 70% des embauches et sont reconduits, la moitié du temps c'est illégal mais on s'en accomode parfaitement... Etc Etc.... Au total, comme les enquêtes inernationales le montrent, les Français ont l'impression de vivre dans un monde arbitraire où tout est permis.

October 27

Education

Le désastre est désormais publié.
 
Le Haut Conseil de l'Eductation Nationale confesse enfin ce que tout un chacun sait depuis des années. Que l'enseignement secondaire, son collège (trop) unique, son bac dévalué auront sacrifié la qualité de l'enseignement au diktat de l'aplatissement égalitaire.
En amont l'enseignement primaire déverse, lui, à grands flots vers le secondaire, 40% d'élèves promis inexorablement à l'échec : 15% d'entre eux sont proprement illettrés, quant aux autres 25%, ils ne comprennent pas assez ce qu'ils ânonnent pour aborder l'enseignement secondaire.
 
Sur ce constat, la nomenclature enseignante persiste à chinoiser, à ergoter. La dénonciation de l'échec ne serait inspirée que par la nostalgie sénile de l'école d'autrefois. Absurde ! Nous savons tous que la massification inéluctable de l'enseignement a englouti l'école de grand papa. Que la télévision, l'internet, le SMS, l'émergence d'une société permissive, un bon million d'enfants issus de l'immigration, un autre million d'enfants de divorcés, que tous ces tremblements qui ont ébranlé la Famille et l'Eglise ne laisseront pas indemne l'enseignement de jadis.
 
Il serait donc salutaire que s'éteigne peu à peu la doctrine dominante d'une éducation en ruine. Cette idéologie, cette quasi-religiosité, d'un égalitarisme sommaire qui a confondu la légitime égalité des chances avec l'illusoire égalité des individus, des aptitudes et des talents.
 
Cette doctrine s'est installée en deux étapes.
Dans les années 50, afin d'affronter la crue énorme des effectifs, le "logiciel" marxiste "Langevin-Wallon" accoucha d'une machine complexe à la soviétique. Une armée d'un million deux cent mille agents, autogérée par une bureaucratie syndicale écoeurée par ses propres échecs, la paupérisation de la fonction et des locaux.
La deuxième vague doctrinale, en 1968, a statufié un enfant idéal, supposé capable de "construire lui-même son propre savoir". Pour servir cette chimère se déploie un scientisme délirant. Il va déferler sur le primaire, en déconstruisant le b-a ba et le calcul. Sur le secondaire, en badigeonnant les grands textes où s'apprenaient le Beau et le Bien, avec la glu d'une "linguistique structurale".
 
Il n'existe aucun antidote efficace contre cette passion de l'égalitarisme attachée au collège unique, à la non-sélection et au bac dévalué. Peut-être une lente perestroïka, une patiente et progressive autonomie des établissements.

La tyrannie de la pénitence

" La tyrannie de la pénitence" de Pascal Bruckner

Postface : " Le monde entier nous hait et nous le méritons bien : telle est la conviction d'une majorité d'Européens et à fortiori de Français. Depuis 1945, notre continent est habité par les tourments de la repentance. Ressassant ses abominations passées, les guerres incessantes, les persécutions religieuses, l'esclavage, le fascisme, le communisme, il ne voit dans sa longue histoire qu'une continuité de tueries qui ont abouti à deux conflits mondiaux, autant dire à un suicide enthousiaste. A ce sentiment de culpabilité, une élite intellectuelle et politique donne ses lettres de noblesse, appointée à l'entretien du remords comme jadis les gardiens du feu : "l'Occident" serait ainsi le débiteur de tout ce qui n'est pas lui; justiciable de tous les procès, condamné à toutes les réparations. Dans cette rumination morose, les nations européennes oublient qu'elles, et elles seules, ont fait l'effort de surmonter leur barbarie pour la penser et s'en affranchir. Et si la contrition était l'autre visage de l'abdication ? "

Mon analyse........ :

La mémoire et les grands crimes du passé ont évidemment leur place dans le présent. L'esclavage et le colonialisme, les génocides, les guerres font partie de notre héritage commun. Ils doivent être enseignés et commémorés. Mais tout se passe comme si une panne du politique, une incapacité à se projeter dans l'avenir, nous ramenait vers un ressassement morbide du passé.

La figure de la victime a pris une telle importance que sont apparues des associations de fils et de filles de victimes, déportés juifs, déportés africains, comme si ce statut se transmettait de génération en génération. On n'est plus victime de quelque chose (une persécution ou une épidémie) mais victime par hérédité. Il ne s'agit plus d'une réalité vécue mais d'une construction imaginaire, avec pour enjeu la reconnaissance sociale. Cela pousse certains à ne considérer leur existence qu'à l'ombre des atrocités subies par leurs ancêtres, réels ou supposés. Certains juifs dans les pays arabes, en quête d'une reconnaissance qui en ferait les héritiers de la Shoah, ont, par exemple, troqué un passé contre un autre : ils ont marginalisé des souvenirs individuels et collectifs, la nostalgie d'une vie de juifs en terre d'Islam, au profit d'une souffrance. Comme si un passé relativement heureux ne pouvait être source de considération, alors qu'un passé de victimes fournirait une identité digne de respect. L'attitude de nombreux jeunes beurs en France en est un des exemples les plus aigüs, à la limite même de la caricature.

L'effet pervers de la notion de "devoir de mémoire" est d'encourager à la constitution de groupes se définissant exclusivement par le mal qu'ils ont (réel ou supposé) enduré. L'instrumentalisation politique du malheur n'est jamais très loin , dès lors qu'une situation est décrite exclusivement en termes moraux, le Bien et le Mal, les victimes et les bourreaux, les héros et les traîtres. On a vite fait de disqualifier toute réflexion politique, toute réflexion en général, au profit d'une sommation à acquiescer.

Loin d'apaiser les esprits, cette concurrence des mémoires, cette multilplication des commémorations semble devenir au contraire un des éléments du malaise français. Il est l'un des symptômes de la multiplication des lois mémorielles. Si les mémoires des uns et des autres ne s'inscrivent pas dans une histoire commune, elles sont condamnées à se fragmenter et se concurrencer. On l'a vu à l'automne 2000, lors de la deuxième Intifada, lorsque le conflit israélo-palestinien a débordé en France plus que dans d'autres pays européens. Les affiliations et les projections identitaires se sont confrontées. Le dernier exemple en date est celui du génocide arménien qui a engendré une crispation diplomatique entre la Turquie et la France ainsi que des troubles entre les deux communautés implantées dans l'Hexagone.

Europe

Alors que le cinquantenaire du traité de Rome vient d’être fêté à Berlin, je pense qu’il n’est pas vain de rappeler le chemin parcouru par l’Europe, et mesurer à quel point elle est devenue nécessaire à ses membres, d’un point de vue politique et économique.

Nos hommes politiques français en sont-ils conscients ?

Le tournant des 50 ans est, pour tout être humain, délicat. Il en va de même de la construction européenne, qui a débuté voilà 50 ans lors de la signature du traité de Rome. Anniversaire morose tant l’incertitude s’est installée d’une Europe en crise, qui résiste de plus en plus mal aux retour des nationalismes et qui, depuis l’échec du référendum en France et aux Pays-Bas, ne sait plus de quoi demain sera fait. 

Pourtant, il y a ici et maintenant de belles raisons de croire, comme disait François Mitterrand, que l’Europe est « notre avenir ».

En premier lieu parce que ce qui a été accompli est considérable, sans précédent dans l’histoire de nos pays : les 50 premières années du XXème siècle avaient été celles des 2 guerres mondiales, séparées par une crise économique dramatique ; les 50 années qui ont suivi ont été celles de la paix et de la prospérité. Ce sont instaurées non seulement une aire pacifiée et tolérante, mais en même temps une zone d’homogénéisation économique et sociale, d’une extraordinaire force démocratique. Qui a fait mieux ?

En second lieu parce que les temps qui viennent ne s’organisent pas de manière pacifique. L’absurde politique de la canonnière de l’administration Bush au Moyen-Orient fait ressortir le besoin d’une vision diplomatique européenne, le retour d’une Russie agressive (regardez le maniement politique de ses matières premières qui menace l’approvisionnement de l’Europe) etc etc…. Entre parenthèse, avons-nous seulement pris conscience du degré d’insécurité qui serait le nôtre si l’Union Européenne ne s’était pas élargie aux anciennes « démocraties populaires » d’Europe Centrale et de l’Est ? Lesquelles seraient devenues très vraisemblablement populistes, tendance agressive ? Surtout, les détracteurs de l’Europe et les partisans du repli national, qu’ils soient déguisés derrière la revendication d’une « autre Europe » , ont-ils mesuré à quel point nos « grands pays » ne restent « grands » que parcequ’ils assurent un leadership de l’Europe ? 

Il est vrai, en revanche, que l’Europe vit au rythme d’une croissance et d’une conjoncture défavorable. Un chômage de masse qui, à lui seul, justifie le mécontentement populaire. Nous vivons une période désastreuse selon moi : la conjonction du désenchantement des Européens de conviction (dont je fais partie) qui voient s’éloigner la perspective d’une Europe intégrée, et du scepticisme renforcé de ceux qui n’y ont jamais cru. L’enjeu économique, au départ du processus européen, redevient donc majeur. Cela signifie, si l’on veut bien d’abord balayer devant notre porte, que nos présidentiables devraient en prendre conscience, de toute urgence. Jusqu’à présent, l’Europe a permis une formidable modernisation. Nos gouvernants l’ont transformé en bouc émissaire : pour ce qui va bien merci Paris ! pour ce qui va mal, voyez Bruxelles ! A nous de leur rappeler l’explication cruelle de Jacques Delors à la panne Europe : «  Manque de courage, manque d’idéal, manque d’élan »...